Des sites et des liens …

Suivez le fil d’info des manifestations et évènements à venir sur notre blog certes, mais aussi sur les blogs amis et notamment celui qui vient de s’ouvrir « Le printemps de la psychiatrie«   depuis la manifestation du 22 janvier dernier et que vous pourrez retrouver dans la rubrique liens de notre blog

https://printempsdelapsychiatrie.org/

À lire, l’article du nouvelObs, remarquablement intéressant :

https://www.nouvelobs.com/sante/20190124.OBS10443/ce-qui-est-en-crise-c-est-notre-hospitalite-la-psychiatrie-craque.html

À écouter, l’émission de France Inter du samedi 2 février dernier « Comme un bruit qui court » sur la situation de la psychiatrie, et les échos de la manifestation du 22 janvier et puis … l’interview d’un père dont la fille est restée 7 mois à l’isolement

https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court

 

 

22 janvier 2019 … Debout !!

220119 manfi

Nous y étions avec la lecture en duo, d’un texte joint ci-après :

« Félicitations à tous pour cette formidable mobilisation.

Le Collectif des 39 et le Fil conducteur Psy s’associent à tous ces mouvements soutenant un désir puissant de transformation des conditions d’accueil et de soins des patients pour une psychiatrie respectueuse de la restauration du sujet.

Selon la fondation « Fondamental » et les ministères de la Santé successifs, la folie ainsi que toutes les difficultés d’accès aux soins seront résolues par le retour de la psychiatrie dans le giron de la médecine dite scientifique.

Ils reprochent à la psychiatrie de s’être éloignée de la science, alors que c’est précisément parce qu’elle s’est ouverte aux sciences sociales et à la psychanalyse que la psychiatrie s’est humanisée et distinguée de la neurologie.

La régression de la psychiatrie est voulue et soutenue de longue date par une lignée de psychiatres qui s’appuient sur une vision mécaniste de l’homme et de la folie, réduisant ces pathologies à des maladies du cerveau.

Cela fait plus de trente ans que ce courant de pensée, soutenu par nos politiques gouvernementales et les lobbys pharmaceutiques, participe d’un écrasement du sujet au profit d’une logique de tri des malades afin d’écarter du soin les plus difficiles à soigner.

Dans les années 80-90, la moitié des lits sont supprimés. Une partie des malades les plus touchés sont orientés vers des établissements médicosociaux, mais bon nombre sans place se retrouvent dans leur famille et beaucoup glissent dans la rue ou en prison.

Dans les années 2000, la poursuite de la diminution des moyens humains et des capacités d’hospitalisation, associée à cette même rationalité scientifique, attaque fortement la disponibilité, les initiatives et la créativité dans les relations avec les patients et les familles.

Dans ce contexte de contraintes, les professionnels sont de plus en plus démunis face à la souffrance psychique, ce qui entraîne alors les pratiques d’isolement et de contention généralisée pour faire taire les symptômes.

Cette violence exclue la parole en tant que lieu possible d’une restauration du lien.

« Psychiatrie, état d’urgence« , le livre propagande de Fondamental, hyper médiatisé, est une IMPOSTURE : les auteurs ignorent totalement la possibilité d’un soin psychique. Et les professionnels formés à cette conception des maladies mentales,  maladies jugées comme les autres maladies organiques, sont pris dans la logique destructrice du lien thérapeutique.

Les « centres experts » ne sont pas là pour soigner mais pour conférer aux « diagnostics DSM » une irréfutabilité scientifique, puis « trier » et « orienter ». Le patient n’a qu’à obéir à l’autorité des experts, car comme le déclarait le Dr Marion Leboyer sur France Culture, « ce n’est pas son métier de savoir comment se soigner » !!!

Au prétendu bénéfice d’une « meilleure inclusion du patient dans la cité« , les soins au domicile deviendront la norme et accentueront l’abandon des soins relationnels.

Réduire encore et toujours plus les lieux d’accueils, les structures de suivi est encore possible. Les patients les plus touchés seront, encore plus tôt, laissés au bord de la route.

On continue à déplacer la prise en charge au long cours vers les familles livrées à elles-mêmes et de plus démunies, mais considérées comme des « aidants ».

PATIENTS, SOIGNANTS, PARENTS ET TOUT CITOYEN CONCERNÉ PAR LA PSYCHIATRIE ET LA PÉDOPSYCHIATRIE, DÉBATTONS ET SOUTENONS COLLECTIVEMENT DES SOINS PSYCHIQUES ÉMANCIPATEURS DU SUJET EN S’APPUYANT SUR LES EXPÉRIENCES DE CHACUN ET NON PAS SUR DES EXPERTS ASSUJETTIS AUX LABOS,

RÉINVENTONS UNE HOSPITALITÉ POUR LA FOLIE …

DEBOUT POUR LE PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE !

Le soir même, France Inter consacrait son émission « le téléphone sonne » à la situation de la psychiatrie, en écho à la manifestation.

À écouter ou réécouter en cliquant sur le lien :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-22-janvier-2019

 

 

Debout pour le Printemps de la psychiatrie ! Mardi 22 janvier

Nous relayons le texte du Manifeste dont nous sommes signataires que nous reproduisons ci-après.

Printemps de la psychiatrie

Manifeste pour un renouveau des soins psychiques

La psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus. Depuis déjà plusieurs décennies, ceux qui les font vivre ne cessent de dénoncer leur désagrégation et de lutter contre le déclin dramatique des façons d’accueillir et de soigner les personnes qui vivent au cours de leur existence une précarité psychique douloureuse. En vain le plus souvent. Ce qui est en crise, c’est notre hospitalité, l’attention primordiale accordée à chacun et à un soin psychique cousu-main, à rebours du traitement prêt-à-porter standardisé qui se veut toujours plus actuel. Les mouvements des hôpitaux du Rouvray, Le Havre, Amiens, Niort, Moisselles, Paris, etc… ont su bousculer l’indifférence médiatique et rendre visible au plus grand nombre le chaos qui guette la psychiatrie. Pour percer le mur du silence, il n’aura fallu rien de moins qu’une grève de la faim …

Devant cette régression organisée, nous nous engageons tous ensemble à soigner les institutions psychiatriques et à lutter contre ce qui perturbe leur fonctionnement. Patients, soignants, parents, personnes concernées de près ou de loin par la psychiatrie et la pédopsychiatrie, tous citoyens, nous sommes révoltés par cette régression de la psychiatrie qui doit cesser. Il s’agit pour nous de refonder et construire une discipline qui associe soin et respect des libertés individuelles et collectives.

Contrairement à la tendance actuelle qui voudrait que la maladie mentale soit une maladie comme les autres, nous affirmons que la psychiatrie est une discipline qui n’est médicale qu’en partie. Elle peut et doit utiliser les ressources non seulement des sciences cognitives, mais également des sciences humaines, de la philosophie et de la psychanalyse, pour contribuer à un renouveau des soins axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel. Notre critique de ce qu’est devenue la psychiatrie ne peut faire l’impasse sur la responsabilité de ses gestionnaires.

Les avancées de la recherche scientifique ne peuvent durablement être confisquées par des experts auto-proclamés dont les liens avec l’industrie pharmaceutique sont suspects. Les savoirs scientifiques ne doivent pas servir d’alibi à des choix politiques qui réduisent les sujets à un flux à réguler pour une meilleure rentabilité économique. Nous sommes face à une véritable négation du sujet et de sa singularité, au profit de méthodes éducatives, sécuritaires ou exclusivement symptomatiques. Les interdits de pensée sont devenus la règle d’une discipline où l’on débat de moins en moins. La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. Nous récusons, dès lors, toute politique d’homogénéisation des pratiques. Une politique qui détruit la cohérence des équipes et instrumentalise la parole des patients fige la capacité d’inventer à force d’injonctions paradoxales, dans la nasse de discours sans épaisseur et mortifères.

Aussi, si le budget de la psychiatrie, sans cesse rogné depuis des années, doit  être largement revalorisé, comme l’exigent toutes les mobilisations actuelles, c’est l’appauvrissement des relations au sein des lieux de soins qui est notre souci premier. La standardisation des pratiques protocolisées déshumanise les sujets, patients et soignants. Le recours massif aux CDD courts, le tarissement organisé de la formation continue, l’inadéquation des formations initiales qui privilégient cours magistraux et visionnages de DVD sans interactions entre les étudiants et leur formateur, contribuent à la désagrégation des équipes au sein desquelles le turn-over est de plus en plus important. La continuité des soins et la cohésion des équipes en sont durablement compromises. Nous devons opposer à cet état de fait la spécificité de la maladie psychique, qui sous-tend la nécessité d’une approche singulière et d’un travail spécifique d’équipes pluridisciplinaires en institution psychiatrique ainsi que dans le médico-social, et la co-construction d’alliances thérapeutiques fécondes avec les personnes accueillies. C’est tout le monde de la psy et des psys, en institution ou pas, qui est concerné.

Nous voulons en finir avec l’augmentation continuelle du recours à l’isolement et à la contention, la contrainte doit cesser d’être la norme. Le droit des patients, hospitalisés ou non, est régulièrement ignoré, parfois volontairement bafoué. Cette violence institutionnelle, régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, touche en premier lieu les soignés, mais affecte aussi les soignants. La psychiatrie et le secteur médico-social doivent pouvoir s’appuyer sur des équipes stables avec des personnels non interchangeables quel que soit leur statut. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un assise solide qui autorise la parole et propose de véritables évolutions de carrière.

Au-delà du soin, nous voulons travailler à des accompagnements alternatifs, nouer des liens équilibrés avec les différentes associations qui œuvrent dans la cité. Nous voulons multiplier les lieux qui cultivent le sens de l’hospitalité avec un accueil digne et attentif aux singularités de chacun.

Nous nous engageons à participer, organiser, soutenir tout débat, toute action ou mouvement cohérent avec ce manifeste, avec tous les professionnels, leurs syndicats, les collectifs, les associations de familles et d’usagers, et l’ensemble des citoyens qui souhaiteraient soutenir et développer une psychiatrie émancipatrice du sujet.

Nous appelons à participer à la manifestation nationale du 22 janvier à Paris.

RDV devant l’hôtel « Plaza Crowne » 10 Place de la République à partir de 11h

Slogans, banderoles, pancartes, chansons, etc. seront les bienvenus le jour J !

Liste des groupes et syndicats soutenant l’initiative :

 Appel des appels (ADA) ; Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile ; Association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle (AMPI) ; CEMEA ; CGT du CH de Lavaur (81) ; Collectif des 39 ; Collectif national des psychologues hospitaliers ; La Criée ; Ensemble ! ; Fédération Des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques ; Le Fil conducteur Psy ; Humapsy ; Inter-collèges des psychologues hospitaliers ; PCF ; Pinel en lutte ; Le Point de Capiton ; Les Psy causent ; Psychiatrie Parisienne Unifiée ; Psy soins Accueil ; La Rattroupe, collectif soignant ; Réseau Européen des Santé Mentale Démocratique ; SERPSY ; Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) ; Fédération Sud Santé Sociaux ; Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

retour …

Nous voici revenu.e.s à la surface de la vague … En effet, notre blog était parti inopinément se cacher derrière un mois d’octobre encore trop beau pour reprendre du collier ! … au grand dam de ses concepteurs qui souhaitaient tant vous informer et garder contact …

Donc, quelques informations sous forme d’une liste à la Borges pour rattraper le temps sans vous, sans nous …

Fédération des pratiques : réunion du 22 septembre 2018 à laquelle nous avons contribué
Assistance nombreuse, équivalente à la réunion précédente . Une majorité de « soignants » (psychiatres, psychologues, sociaux…), quelques « soigné.e.s » ou « ex-soigné.e.s » et sauf le Fil conducteur, pas de famille-fratrie.

Points essentiels relevés
– Dégradation des pratiques et des lois, depuis 2011, accentuée par la récente loi Buzyn,
– Forte augmentation des hospitalisations sans consentement, depuis 2011 ( critère nouveau du « péril imminent » ), dégradation de l’accueil hospitalier et problème général de formation à la souffrance psychique : policiers, juges, infirmiers.
– Dans l’hôpital: fort turn-over du personnel soignant, notamment infirmier (plus de lien, ni de suivi des personnes), architecture de l’hôpital psychiatrique comme lieu d’enfermement, malades stigmatisés par leur tenue (pyjamas…) ; insensibilité des personnels soignants (liée à la « peur » ou au turn over) : habitude par rapport à certains comportements, lieux où on ne prend plus conscience de la gravité de certaines souffrances : « ce n’est pas grave« , c’est normal« .
– Retour à une vie sociale ou à l’emploi mal balisé et peu efficace. À leur sortie de l’hôpital, les personnes continuent d’être enfermées dans des parcours qui ne leur permettraient pas de retrouver une vie « normale » .
Présentation du Fil conducteur
Les trois points du texte préparé en réunion ont été présentés (Michelle L.) avec un accent mis sur :
la spécificité de la maladie psychique et les souffrances qu’elle induit chez le patient, dans l’institution, dans les familles, souffrance qui devient un obstacle à un apaisement et à l’efficacité des soins.
le rôle et les besoins des familles- fratries : « le potentiel soignant des familles, comme des malades a été écrasé » (P.Bichon), nécessité d’un soutien, en particulier pour les jeunes enfants et adolescents.
le rétablissement de la qualité hospitalière de l’hôpital refuge, asile.
À cette occasion on a parlé de la réunion des « exceptions » qui sera sans doute adoptée comme nom de la Fédération : La Fédération des exceptions.

SOUHAITS & DÉCISIONS

Nécessité de cette Fédération comme « refuge, asile, lieu où reprendre des forces« : « il faut qu’on se cause … il faut des rencontres régulières mais il faudrait aussi que « quelque chose se passe entre les réunions »
Organiser des rencontres, locales ou régionales entre les différents groupes qui agissent un peu isolément
-Créer un blog avec des renvois vers les différents sites existants et étudier la possibilité d’un forum de discussion (deux personnes ont pris en charge cette tâche)

Prochaine réunion le 8 décembre à 14h, Lieu Dit, rue Sorbier 75020

Vous pouvez aussi aller lire le « blog de Mathieu Bellashen » sur Médiapart qui a fait un compte rendu exhaustif accompagné du lien pour écouter cette réunion enregistrée

Nous apprenons, par une adhérente, la sortie du film

ANDRÉ ROBILLARD, EN COMPAGNIE ( 2018, 93 minutes )
de Henri-François Imbert
EN SALLES LE 14 NOVEMBRE 2018

AVANT-PREMIÈRE LE 6 NOVEMBRE 2018 À 20H45
Au Forum des Images dans le cadre du cycle doc&doc, présenté par Documentaire sur grand écran.
Programme de la soirée La vie, à la folie https://www.docsurgrandecran.com
Invitations dans la limite des places disponibles, réservation indispensable par courriel :
contact.librecours@gmail.com
RENCONTRE AVEC ANDRÉ ROBILLARD ET HENRI-FRANÇOIS IMBERT
LE 14 NOVEMBRE 2018 AU SOIR
Au cinéma L’Espace Saint-Michel, 7 place Saint-Michel à Paris.
Horaires de la rencontre et des autres séances à L’Espace Saint-Michel :
http://espacesaintmichel.free.fr/horaires/frame.htm
Signature du livre Henri-François Imbert, libre cours
Entretiens réalisés par Quentin Mével, précédés d’un essai critique de Raphaëlle Pireyre,
éditions Playlist Society 2018,
le 6 novembre 2018 au Forum des Images à l’issue de la rencontre,
le 7 novembre 2018 à 19h30 au café Hang’Art, 61, quai de la Seine, 75019 Paris.

Vous pouvez suivre la programmation du film et des projections-rencontres dans les autres salles sur le lien :
http://www.lecinemadehenrifrancoisimbert.com

Vous pouvez également soutenir la distribution du film en préachetant son dvd et les dvd des deux autres films réalisés par Henri-François Imbert avec André Robillard :
André Robillard, à coup de fusils ! (1993, 25 minutes), André Robillard, en chemin (2013, 80 minutes) avec la campagne de financement participatif https://fr.ulule.com/andre-robillard-en-compagnie.

PARUTION DU N° 9 de la revue LES NOUVEAUX CAHIERS POUR LA FOLIE

Les Nouveaux Cahiers pour la folie sont nés il y a neuf ans d’un pari sur l’utopie. Dans une période où tout concourt à faire taire les « voix » de la folie, et jusque dans les milieux psychiatriques, cette revue se propose à recevoir des propositions émanant de diverses personnes impliquées dans les différents bords de la folie. Concrètement, y interviennent tant des personnes soignées en psychiatrie que des personnes ayant fonction de soignant, ou tout un chacun qui se sent concerné à quelque titre que ce soit.

Pour celles et ceux qui le souhaitent, vous pouvez trouver ce recueil au 28e Salon de la Revue qui se tiendra à la halle des Blancs Manteaux les 9, 10 et 11 novembre
48, rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris
Vendredi 9 de 20 à 22h
Samedi 10 de 10h à 20h
Dimanche 11 de 10h à 19h30
Cette revue paraît chaque année, et est vendue au prix de 10 euros.

Appel à la réunion pour la création d’une fédération des pratiques

Samedi 30 juin 2018 à 16h
Au Lieu-dit, 6 rue Sorbier, Paris 20ème

Comme annoncé lors des XVI rencontres de la Criée les 1 et 2 juin 2018, où fut diffusé le Manifeste pour une fédération des pratiques, il parait essentiel d’appeler à une réunion ouverte à tous ceux et celles qui souhaitent créer cette fédération. Il s’agit de construire le support nécessaire pour nous relier les uns aux autres, sortir de l’isolement et nous rassembler tout en gardant le souci du singulier et de l’hétérogène.
Signé : Collectif pour la Création d’une fédération des pratiques

Le manifeste lancé par le centre Artaud

« MANIFESTE POUR UNE FEDERATION DE PRATIQUES
Depuis plus de 20 ans, le champ de la folie et de la souffrance psychique a connu une
destruction renforcée des institutions par les politiques de « santé mentale » et du handicap, destruction s’’appuyant sur un utilitarisme économique et subjectif avec son cortège de découragement et de résignation.
Les analyses critiques expliquant la destruction de la psychiatrie dans un sens humaniste et émancipateur abondent. Devant ces éclairages tant pertinents qu’accablants, les perspectives proposées se fondent souvent sur des formes ou des modèles préexistants (le secteur, le conseil national de la résistance, la psychothérapie institutionnelle etc.).

S’il est nécessaire et même indispensable de s’appuyer sur l’histoire des pratiques, des luttes et des rêves de séquences antérieurs, ils ne peuvent suffire pour résister au présent. La posture de résistance est elle-même insuffisante tout comme celle de défense des acquis.
Une nouvelle strate est à construire, un support pour nous rassembler, retrouver de l’énergie, et reconstruire l’imaginaire de nos praxis en échangeant entre nous.
Depuis dix ans, nous assistons à des émergences créatrices de nouvelles formes de pratiques et de luttes, de nouvelles circulations entre des lieux (qu’ils soient de soins, de création, d’espaces citoyens et associatifs), entre des personnes autrefois séparées par des catégories étanches (usagers-patients, familles, professionnels). Toutes ces pratiques inédites ne sont ni suffisamment visibles ni suffisamment audibles dans notre société.

Pourtant elles existent et concourent à fabriquer du nouveau là où elles existent.
Depuis dix ans ces formes nouvelles de liens se construisent à partir d’autant de lieux
différents qu’il y a de pratiques et de personnes désireuses de les faire vivre (cliniques,
politiques, militants, associatifs…).
Aujourd’hui, un lieu de rassemblement apparaît nécessaire puisque ces formes instituantes s’appuient toujours sur un certain rapport à l’institué, que ce soit celui d’un service public, d’une association, d’un syndicat, d’un collectif ou autre.
Or l’époque est à la destruction de ce qui est institué dans une direction non utilitariste (les services publics dont l’hôpital public, les protections et sécurités sociales, les associations, etc.), ce à quoi nous nous confrontons au quotidien dans nos lieux de travail, de soins, de vie.
Pourtant dans cette fragmentation du lien social – et peut-être dans une certaine mesure à partir d’elle- de nouvelles articulations dans les pratiques surgissent. Au cloisonnement
toujours plus intense des établissements, des personnes et des statuts de chacun répondent de nouvelles circulations entre les gens et les institutions. Nous pensons à l’émergence du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs) où des collectifs de soins (patients et soignants) se retrouvent de façon régulières et itinérante pour discuter, construire, fédérer des initiatives et des désirs à partir de leurs pratiques locales.
Nous pensons également à de nouvelles façons de s’associer et de penser le politique entre « usagers »/patients, professionnels, ex-psychiatrisés, chercheurs, universitaires, artistes, citoyens (l’association Humapsy, le CRPA, le collectif des 39, la Main à l’oreille, le RHAPP, le confCAP et le collectif CAP Droit, le Fil conducteur psy, la FIAC, la Criée…).
Nous pensons à celles et ceux qui tiennent – ou tentent de tenir- là où ils sont avec des
supports divers (syndicats, collectifs soignants, réseaux militants, associations, mouvements sociaux).
Nous proposons de rassembler ces initiatives pour continuer de construire ces nouvelles
circulations, pour échanger, tenir et inventer localement et, en se rassemblant, de créer une strate plus large au niveau de la société.
Le pari serait de construire un lieu de rassemblement sur le mode fédératif, à partir des
pratiques collectives qui se confrontent aux réalités concrètes et qui tentent de les transformer.
En se passant de tout centre dirigeant, de tout programme pré-établi, mais en se tenant au plus près du surgissement clinique et politique. Et en incluant toutes les initiatives existantes qui voudraient s’y adjoindre, en enrichissant ainsi cette nouvelle forme qui s’appuierait ainsi sur les strates précédentes.
Nous sommes toutes et tous des fragments de la société qui peuvent se rassembler, agencer de nouvelles formes, composer de nouvelles forces. Quoique présente depuis quelques décennies, la situation est nouvelle et impose d’y répondre de façon nouvelle, d’où la nécessité d’une nouvelle forme à construire en commun.
D’où cet appel destiné à tous ceux qui se sentiraient concerné(e)s, et aimeraient se
coordonner, sur un mode qui reste à construire en tenant compte des singularités mais
aussi de la nécessité d’un rassemblement.
Signatures des personnes et collectifs:
Association La Criée, CRPA, Association La Colifata, Humapsy, Association Les Psycausent, Association Et Tout et Tout,  Association Le Fil Conducteur Psy, Commission Psy soins et accueil, le collectif soignant La Ratroupe (les Murets), Sébastien Daux- Président du GEM La Locomotive, Céline Pascual Vidal – Association Culturelle du personnel de Saint Alban… Alain Abrieu, Mathieu Bellahsen, Michèle Benhaïm, Agnes Beorchia, Cecile Bourdais, Philippe Bichon membre des 39, André Bitton président du CRPA, Pascal Boissel CN USP, Jean Michel Carbunar, Christophe Chaperot, Patrick Chemla, Pierre Dardot, Géraldine Delcambre, Sandrine Deloche, Emmanuel Kosadinos CN USP, Christian Laval, Daniele Levy, Fanny Lung SOFOR, Jean Pierre Martin CN USP, Magali Miane, Simone Molina, Marie France Negrel, Raymond Negrel, Françoise Nielsen, Alfredo Olivera, Severine Ouaki, Christelle Pourrier, Benjamin Royer, Serge Klopp, Marc Pélissier, César Forcioli, Pierre Kammerer… »