Geneviève, Élodie… de 1999 à 2020 … Serpsy se souvient … Tout comme Hélène Risser, qui a grandi dans les années 70 à Erstein, HP novateur … devenu un panoptique ceint de hauts murs…

« Une infirmière, Élodie, qui travaillait en psychiatrie à Thouars, dans les Deux Sèvres, est morte jeudi 13 février, tuée par un de ses patients … »

Ainsi débute le texte du Serpsy dont nous reproduisons l’intégralité ci-dessous et qui vient  en résonance du documentaire  « LE MONDE NORMAL » dont le lien figure après le texte.

« Geneviève, Elodie, Serpsy se souvient… Geneviève, Elodie, 1999 et 2020, le même silence, le même mépris :Serpsy se souvient…

Elodie, une infirmière qui travaillait en psychiatrie à Thouars, dans les Deux-Sèvres, est morte le jeudi 13 février, tuée par un de ses patients. L’information ne remuera pas un cil chez ceux qui nous gouvernent. Les médias en parleront à peine.
Elodie avait trente ans et deux enfants. Son patient une vingtaine d’années. Que c’est jeune pour l’une et pour l’autre !
Nous, ses collègues, la pleurons, en serrant les poings. Nulle ne devrait mourir au travail. Surtout quand ce travail consiste à écouter, contenir, accompagner, soigner des personnes en souffrance psychique. Ecouter et non pas contraindre, enfermer, attacher. Nul ne devrait se retrouver dans la situation de tuer son semblable pour gagner un zest de liberté irrémédiablement perdue par le geste même qu’il commet. L’une a perdu la vie, l’autre a perdu sa liberté à tout jamais. L’une est une victime, l’autre est devenu un meurtrier pour le restant de son existence.

Se souvenir des collègues morts pour le soin

Bien sûr, Elodie, n’est pas la première infirmière (ni même la première soignante) à tomber au champ d’horreur. A Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie)

Nous nous souvenons. Chantal et Lucette, infirmière et aide-soignante à Pau en décembre 2004, Mohamed à Lyon en 2001, Geneviève à St-Etienne en juillet 1999 et toutes celles et ceux dont nous n’avons pas entendu parler parce qu’une soignante qui meurt au travail c’est le même non-événement que la mort d’un patient en chambre d’isolement. Ça ne mérite même pas une minute de silence à la chambre des députés.
Sauf pour Pau. Douste-Blazy, le ministre de la Santé de l’époque, s’était déplacé au Centre Hospitalier de Pau et avait rencontré les équipes. Il n’avait pas quitté son ministère pour se lancer dans une campagne électorale. Il ne s’était pas contenté d’un tweet, il n’avait pas envoyé un obscur délégué interministériel. Il s’était déplacé et avait écouté la communauté hospitalière à défaut de l’entendre. Des mesures avaient été prises : sécuritaires certes mais certaines avaient été aussi tournées vers la formation. L’état avait financé jusqu’en 2009 les consolidations des savoir et le tutorat. Qui eut cru qu’un jour nous écririons des choses positives à propos de Douste-Blazy ? Le personnel politique se dégrade autant que la psychiatrie, ceci expliquant peut-être cela.

Emportés par la colère et l’abattement, on dira.

Sous le coup de la colère, on dira bien des choses. On dira que c’est ça la psychiatrie, que ce sont les risques du métier, qu’il faut se méfier, ne jamais tourner le dos à un patient. On dira que les délirants, les psychotiques, les schizophrènes, sont par nature imprévisibles. On dira que le manque de moyens, de personnel nous met en danger voire nous condamne à mort, d’ailleurs la plupart d’entre nous se sont fait cracher dessus, ont été menacés, agressés, battus. On dira qu’il faut des lois plus répressives, plus d’UMD, d’UPID, d’USIP, plus d’enfermement, d’isolement et de contention. On réclamera des vigiles comme si ça n’était pas nous qui devrons contraindre, piquer, enfermer, attacher, comme si ça empêchait le moindre drame, comme si, même, ça ne les provoquait pas parfois.
Nous ne savons pas comment le drame est arrivé. En psychiatrie, tant qu’on ignore le contexte d’un acte, on ne sait rien. Il faudrait alors se taire comme nous l’avons fait pour la mort de Geneviève et de Mohamed. Il faudrait se regrouper, se réchauffer entre nous, serrer les poings en priant pour que ça n’arrive pas dans notre unité, dans notre service, pour que ça ne nous arrive pas à nous. Il faudrait aussi dire quelques mots aux usagers qui se sentiront mis en accusation, stigmatisés par l’acte commis par un seul et qui risquent de fuir cette psychiatrie carcérale comme la peste, reculant sans cesse le moment d’entrer dans les soins, et fabriquant en retour des contraintes, des isolements et des contentions moteurs de nouveaux drames. A moins que certains ne préfèrent en finir …

Des mots de 1999 pour parler d’aujourd’hui

Nous nous proposons de simplement reprendre les propos d’Anne-Marie Leyreloup, alors présidente de Serpsy. C’était en juillet 1999. Il n’y avait alors pas de page Facebook, ni de tweet. Le forum Serpsy était le seul lieu à notre disposition pour réagir ensemble : « Geneviève, infirmière qui travaillait dans un hôpital psychiatrique de la Loire est morte, pendant son service, tué par un patient. De tels faits se sont déjà produits dans un passé parfois pas si lointain que cela. De tels faits sont déjà oubliés, rangés dans les archives poussiéreuses de la psychiatrie. Dans cette profession, nous travaillons souvent sur un fil, qui a malheureusement tendance de plus en plus à s’amenuiser. La déstabilisation actuelle de la psychiatrie nous porte d’ailleurs à penser que bien des fils risquent de se casser dans les années à venir. Nous allons devoir être vigilants à ce que nous ne recherchions pas la solution dans un renfermement pour des questions de sécurité. Nous avons choisi cette profession risquée avec le désir de pouvoir en diminuer le danger tout en essayant d’être plus proche de celui qui souffre. La mort de Geneviève a créé une émotion très forte, puisse cette force nous donner le courage de continuer à militer pour une psychiatrie humaine, de continuer à réfléchir, à penser, à écrire tous ensemble pour éviter la fatalité de tels faits. […] Nous nous associons de tout cœur, de toute émotion à la peine de sa famille, de ses amis, de ses collègues. »
Sur ce forum, Denis Reserbat-Plantey, alors éducateur spécialisé en pédopsychiatrie, à Poitiers, avait rajouté pour que nous ne nous trompions pas de lutte : « Où sont les prises de positions dans la cité sur la prise en charge de la souffrance psychique? Bien loin derrière. La souffrance sans les mots c’est de la mort qui tue lentement.
J’espère que votre situation va éclore et se parler, que de plus en plus de gens pourront dire que travailler en psychiatrie, c’est un travail de garde-barrière, de frontalier d’un univers qui parfois fascine, parfois repousse, parfois tue. Et qu’il ne s’agit pas que de primes, de cadres à nommer et autres balivernes mais d’une prise en compte réelle des besoins du personnel, de la mise en place de groupes de paroles, d’intervenants extérieurs, et aussi de mesures concrètes de sécurité dans certains cas, afin de ne pas jouer avec la folie comme avec un ballon cubique aux rebonds incertains. »

Debout les morts !

Nous disons Stop ! Ça suffit la mort qui tue lentement. Trop d’Elodie, de Mohamed et de Geneviève, trop de Chantal et de Lucette ont perdu la vie ! Trop de patients sont enfermés et attachés ! La psychiatrie et chacun de ceux qui y travaillent a besoin de rencontres et d’élaborations collectives, avec les syndicats, avec les collectifs de soignants et d’usagers, avec les associations, les structures officielles. La psychiatrie doit être faite (et défaite) par tous et par chacun. Encore et encore. Debout les morts ! »

Association Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie)

LE TEXTE EST AUSSI VISIBLE SUR NOTRE SITE AMI DU PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE

ET LE LIEN DU DOCUMENTAIRE DE 65 mn PARU SUR LA CHAINE PUBLIQUE SÉNAT SAMEDI 15 FÉVRIER DERNIER

Le Monde normal

 

 

 

HAS … ARS … RAS ?

Que si … hélas, le vent mauvais souffle du mauvais côté, fait d’injonctions et d’interdits pour censurer, étrangler financièrement les lieux ouverts à une diversité de pratiques de soins…

Ainsi au Vinatier (région lyonnaise) 3 services ferment et 73 lits sont supprimés …

Ainsi dans la région « Nouvelle Aquitaine », où les professionnels du médico-social se voient interdire les pratiques cliniques d’approche psychanalytique. Voici leur appel. Nous vous invitons à signer leur pétition :

« Bonjour,

Comme annoncé, nous vous informons de la constitution du « Collectif Inter-Professionnel Médico-Social de Nouvelle Aquitaine ».

 CIPMSNA

 Ce collectif a pour vocation de réunir les professionnels du médico-social sensibles aux bouleversements que connait actuellement ce secteur, bouleversements en partie liés aux directives qui émanent des instances décisionnaires créditrices/accréditrices qui imposent des directives dogmatiques (théoriques, de pratiques) indépendamment des réalités du terrain et en dehors de toutes concertations avec les praticiens.

Il ne s’ agit pas de mettre en dualité/rivalité différents courants de pensée (neuropsychologie, systémie, cognitivo-comportementale, psychodynamique, etc.) mais simplement de défendre la possibilité que coexiste la pluralité des approches des faits cliniques auxquels nous sommes confrontés et que nous avons à charge de traiter.

Nous vous informons de la mise en ligne d’ une pétition (http://chng.it/C2vzz9yGSZ) afin de mobiliser les professionnels qui sont désireux de participer à notre tentative d’ ouvrir un débat/dialogue avec ces instances lors d’ assises interprofessionnelles. De toute évidence, plus la mobilisation sera importante plus nous pourrons espérer arriver à cette finalité. Nous comptons donc sur vous pour diffuser le plus largement possible cet appel.

Pour l’ heure, nous nous sommes rapprochés d’ une cellule juridique afin d’ examiner la légalité (sur le fond et sur la forme) des procédures qu’ utilise nos instances décisionnaires qui ne visent pas moins qu’ enjoindre nos pratiques.

Aussi, nous en appelons à la mobilisation du corps médical afin que soit saisie l’ ordre des médecins. »

Et comme pour venir appuyer ces mauvais coups, la député Mme Wonner qui a commis un énième rapport sur la psychiatrie, lequel reprend en copié-collé les principales injonctions du pamphlet « Psychiatrie, état d’urgence » commis par l’Institut Montaigne (think thank néolibéral), injonctions nommées « mesures » … la dame en question se pique d’un tour de France dénommé : Wonnertour !!! À vous donner le tournis !

Prenant au pied de la lettre l’étiquette de son parti : elle se met en marche (arrière) pour défendre les algorithmes, les méditations, les e programmes, les POC et autres tics des plans stratégiques de l’entreprise de « Santé Mentale » sur laquelle veillent avec intérêts tous les lobbying …

Elle démarre son tour par l’Est du pays. Elle a raison. Sait-on jamais qu’on ne reprenne l’Alsace et la Lorraine !

MENACE SUR L’AAH type 2 … selon le rapport de la cour des comptes …

À lire, le condensé de l’article du Fil joint …

À nier et à rabattre la maladie mentale sur des « troubles » de nature organique … les conséquences se font sentir … puisque c’est un trouble alors l’AAH répondrait plus à une logique de pension relevant des minimas sociaux, n’est-ce pas ? …

Le rapport de la Cour des comptes sur l’AAH

Et la suite de la BD d’une patiente ….

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Mesdames, messieurs les soignants MERCI d’être JUSTE et ENCORE là et MERCI de vous battre pour que la psychiatrie reste HUMAINE …

Voici le témoignage d’un patient.e qui est parvenu par l’intermédiaire d’un soignant.e…

« Mais quelle merde !! Quelle résonance ! Quels ricochets ces écorchés de la vie ayant subi des maltraitances dans le cercle familial subissent ! Que de non dits, que de position foireuse ! Que de jugements et paroles remise en cause même des années après ! Comment se reconstruire ? Comment trouver des personnes formées ? Comment toquer aux bonnes portes sans être jugé.e.s ?? Comment ne pas re-sombrer à chaque personne « malhonnête » ( ?) qui n’entend pas votre vécu  et qui vous replonge, des années après,  dans « est ce que j’ai exagéré ? Est ce que j’ai inventé ? Est ce qu’on me croit ? ». Quelle chape de plomb sur ces comportements incestueux qui durent dans le temps et qui grignotent comme un cancer l’enfance de nos cousin(e)s, de nos sœurs ( frères), de nos ami(e)s… que faire.. mais que faire ??? À part libérer cette parole ?? Reconnaître les faits ?? Renvoyer à leur statut de victimes ? D’enfants ?? Mais que faire pour nos proches ? Pour qu’elles  (ils) s’en sortent ? qu’ils ne soient pas bouffé.e.s par ces comportements déplacés, ces gestes malsains, ces attouchements, ces viols ?? Quand la parole ne circule pas et que les non dits perdurent.. Comment ne pas faire porter aux générations suivantes cette peur de l’autre, cette surprotection… IL FAUT DU TEMPS, il faut de l’HUMAIN il faut l’Autre, le soignant que l’on rencontre, qui écoute, ré écoute et ré ré écoute encore. Ces dires, ces histoires rappelées, ré expliquées,  qui prend le temps d’essayer des choses, des thérapies, des « techniques », qui a la force de vous confronter à vos familles, qui a la force d’attendre patiemment que vous soyez prêt(e) pour en parler, il FAUT DU TEMPS !! Combien ça coûte ? Moi, usager je n’en ai rien à foutre !!! permettez-moi d’être vulgaire, mais c’est la réalité parce que, si, 20ans après, je picole car « ça n’est pas digéré » je me sens bien auprès de ses soignants qui prennent le temps et qui ne me renvoient pas à ce que cela fait X fois que je répète mon histoire, qui me laissent re raconter et re narrer mon histoire et mes ressentis qui sont malgré le temps toujours intacts (honte, culpabilité, saleté, angoisse, peur de l’Inconnu..).

J’AI BESOIN DE TEMPS ET DE SOIGNANTS FIABLES !!!! ALORS mesdames messieurs les soignants MERCI d’être JUSTE et ENCORE là et MERCI de vous battre pour que la psychiatrie reste HUMAINE et garde ce TEMPS si étirable dans la douleur psychique….

MERCI »

Et aussi, l’émission sur France Culture, sur la solidarité qui aborde plus globalement de la question du soin en France, avec l’interview de Cynthia Fleury

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/la-solidarite-une-valeur-depassee?actId=ebwp0YMB8s0XXev swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13Oo47_k_BukQRhR8nw116tr5&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=555394#xtor=EPR-2-[LaLettre10122019]